25.09.2010

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Gaël 004.jpg Je m'appelle Irène Le Cossec
En Novembre 2007 , une idée me passe par la tête... Me rendre à pied à Compostelle en partant de chez moi.
De la folie ???
Peut-être pas...
Mon entourage n'y croit pas. Peu importe, je cherche des renseignements sur le Net. Je téléphone au président de l'association des amis de Compostelle. Il me rassure , je ne suis pas folle...
D'autres l'ont fait, alors pourquoi pas moi ???
En Février et en Mars j'assiste à la réunion mensuelle de l'assos. Je parle de mon projet de partir avec une toile de tente. Mon sac sera trop lourd... C'est l'avis de la majorité .
Je n'écoute pas trop les conseils, je m'entête dans ma décision, je m'active à acheter tout le matériel et je prépare mon ittinéraire.
La date de mon départ est fixée...
Pourquoi ce "pèlerinage" ??? Je ne sais pas exactement, mais j'ai un besoin de prendre l'air, de partir à la recherche de quelque chose. Quoi ???Je ne peux le définir.
La veille de mon départ, je rencontre le curé de ma paroisse. Je ne suis pas praticante, je lui dis que je pars chercher la lumière. Il me répond que je vais certainement la trouver et il me lit un passage de l'évangile. Il ajoute que tout au long de ce long chemin, je ne serai pas seule et que j'aurai l'occasion de m'en apercevoir.
Je sais aujourd'hui qu'à chaque fois que j'ai ressenti un découragement, une difficulté, dans les quelques minutes suivantes, une personne me réconfortait, me donnait un coup de main. La présence divine ???...

Voici le récit de mon périple. Vous pouvez le suivre dans l'ordre en cliquant sur "1ère étape...", ensuite 2,3.....
Bonne Lecture et surtout n'hésitez pas à m'envoyer vos commentaires.


1 - 1ère étape la Bretagne
2 - La Bretagne suite...
3 - De Nantes à La Caillère
4 - La Caillère à St Jean D'Angély
5 - De St Jean d'Angély à Saintes
6 - De Saintes à... St Aubin de Blaye
7- De Blaye à Bordeaux
8 - Bordeaux à Labouheyre
9 - De Labouheyre à Dax
10-De Dax à Sorde l'Abbaye
11-De Sordes à Ostabat
12-D'Ostabat à Orisson
13- L'espagne, de Orisson à Roncevaux
14- De Roncevaux à Zubiri
15 - De Zubiri à Pampelune
16- De Pampelune à Obanos
17 - De Obanos à Estella
18 - De Estella à Los Arcos
19 - De Los Arcos à Navarrete
20 - De Navarrete à Santo Domingo de La calzada
21 - De Santo Domingo de La Calzada à San Juan De Ortega
22 - De San Juan De Ortega à Burgos
23 - De Burgos à hornillos
24 - De Honillos à Castrojériz
25 - De Castrojériz à Fromista
26 - De Fromista à Carrion de los Condes
27 - De Carrion de los Condes à Léon
28 - De Léon à Villar de Mazariffe
29 - De Villar de Mazariffe à Rabanal del Camino
30 - De Rabanal del Camino à Molinaseca
31 - De Molinaseca à Véga de Valcarce
32 - De Véga de Valcarce à Alto de Poyo
33 - de Alto de Poyo à Calvor
34 - De Calvor à Portomarin
35 - De Portomarin à Pallas de Rey
36 - De Palas de Rey à O Pedrouso
37 - De O pedruzo à St Jacques de Compostelle

29.08.2010

37 - O Pedruso – St Jacques De Compostelle

Mardi 1er Juillet –76ème étape : Pedruso – St Jacques De Compostelle (20 km)
Total : 1591km de parcouru (Si j'ai bien compté)



compostelle 469.jpgC’est le grand jour, la dernière étape. Debout à 5h du matin après une nuit très agitée, nous partons vers 6h dans la nuit. On traverse la ville heureusement bien éclairée , puis nous voici à l’orée d’un bois. Il fait très sombre, j’ai peur de heurter quelque chose et de me faire mal. Ce serait trop bête un accident si près du but.
Maryline vient de s’apercevoir qu’elle a oublié sa pochette contenant sa crédentiale. Elle retourne à l’auberge. Noëlla et moi, nous l’attendons. Plusieurs pèlerins s’engagent sur le sentier.

Le jour pointe quand Maryline revient et c’est d’un pas plus assuré que je reprend ma route.
Nous faisons une halte dans un café pour la pose comme d’habitude. Pierre et Jean-Pierre les deux belges sont là ainsi que le chilien. Nous nous installons dans une cour intérieure. Il y a des poules qui se promènent parmi les clients. Elles sont habituées à être nourrie par les pèlerins. L’une d’entre elle trouvant sans doute que nous ne sommes pas très généreuses, saute sur la table et effraie Noëlla qui se demande ce que c’est.
Nous reprenons notre route. C’est l’ultime étape, je ne traîne pas , je voudrais être à l’heure pour la messe qui a lieu à midi.

A Monte de Gozo, je vois Pierre recueilli devant le monument dédié à Jean Paul II. Je laisse les filles le rejoindre, je préfère continuer à mon rythme et c'est la descente vers Santiago. St Jacques de Compostelle est une grand ville et pour accéder au centre historique il faut marcher et traverser toute une zone urbaine.

Plus loin je suis un peu perdue, une espagnole me renseigne et fait quelques pas avec moi. Je passe sous un porche. Il y a un joueur de Cornemuse. Cela me fait tellement chaud au cœur, que je lui laisse la pièce. Et puis je me retrouve face à la cathédrale, un peu hébétée d’être là, ne sachant trop quoi faire. Pierre arrive, heureux, il m’embrasse et puis voici les copines. Nous empruntons l’escalier monumental et nous pénétrons enfin dans la cathédrale.

Il y a du monde, beaucoup de monde. Je cherche parmi la foule des visages connus. Julie nous aperçois et viens nous embrasser. Elle nous dit qu’elle a vu Jacques, Daniel et Maria. Ils sont quelque part dans la cathédrale mais où ? Je remonte vers le cœur espérant les apercevoir. Le couple d’italiens avec qui nous avions dîner à San Juan de Ortega me fait signe. Quel bonheur de se revoir ! Un peu plus loin l’allemande est là aussi. J’oublie mon peu de sympathie pour elle et je l’embrasse, elle aussi. Je rencontre encore d’autres personnes que j’ai croisé sur le chemin. On se fait des signes d’amitié.

Je ne vois pas les québécois. L’office va commencer, je regagne ma place. Le jeune italien « le petit coq » est dans les rangs . on s’attrape la main , trop loin pour se faire la bise mais le cœur y est.

La cérémonie débute, les grandes orgues, les choeurs , un grand nombre d’officiants entourant l’évêque, c’est grandiose ; Quel faste ! Combien de nationalités sont ici représentées ? C’est très impressionnant et pourtant je ne retrouve pas l’émotion que j’ai pu ressentir dans d’autres occasions comme à Roncevaux, ou chez les religieuses de Carrion de Los Condes.

A la fin de la messe nous avons la chance de voir le Botafumeiro. C’est un gigantesque encensoir, suspendu au plafond de la cathédrale de Saint Jacques de Compostelle. Son oscillation permet de diffuser de l'encens dans toute la cathédrale. En principe il n’est actionné que lors des grandes cérémonies mais si un fidèle fait un don important, toute l’assistance en profite. C’est sans doute ce qui s’est passé aujourd’hui. Merci au généreux donateur…


compostelle 478.jpg


Je suis là, sur le parvis de la Cathédrale, très étonnée d'y être arrivée, ne réalisant pas vraiment "l'exploit" que je viens de réaliser.

Après la cérémonie, nous partons en quête d’un logement en centre ville. Pas besoin de chercher longtemps, une dame nous aborde et nous propose la location d’une chambre pour nous trois dans le secteur. Nous la suivons. Sur le trajet, une jeune femme m’interpelle. Je ne sais pas son prénom, je me souviens pourtant qu’elle est québécoise et que nous avons pris le petit déjeuner à la même table à Burguete, premier village après Roncevaux. On ne s’est pas recroisée depuis. C’est surprenant de se retrouver ici après avoir parcouru 750km chacune de notre côté.

Pas le temps d’échanger longtemps, je dois suivre la personne qui nous conduit à notre chambre. Dommage, nous ne nous reverrons pas.
Le logement nous convient, c’est propre , clair, agréable. Nous le réservons pour trois nuits et puis nous descendons en quête d’un restaurant pour fêter comme il se doit notre arrivée avec succès à Saint Jacques de Compostelle.


Mercredi 2 Juillet

Comme cela fait du bien de savoir qu’aujourd’hui on ne marche pas. Les bâtons sont rangés dans un coin de la chambre et le sac à dos également.

La journée va être consacrée en grande partie au courrier. A midi, je souhaite retourner à la cathédrale. Peut-être reverrons nous quelques pèlerins. Nous entrons un peu avant la fin de la cérémonie et nous avons la chance de revoir le « Botafumeiro ». Cette fois on est mieux placé, il passe au-dessus de nos têtes .

A l’issue de la cérémonie nous trouvons Danielle et Jean-Claude nos amis de Vannes. Ils viennent d’arriver. Je suis heureuse de les revoir. Ils proposent de nous revoir dans la soirée et de dîner ensemble.
Ils ne savent pas encore s’ils se rendront à Fistera ; nous avons l’intention d’y aller mais en bus. Ils veulent rester 3 jours comme nous à Compostelle.
Nous traînons pas mal en ville à nouveau pour trouver un restaurant. C’est pas le choix qui manque pourtant .... On choisit finalement un truc bon chic bon genre. On mange moins bien que hier et c’est plus cher. En plus je suis située dans un courant d’air et j’attrape un rhume.

L'après-midi est consacrée au courrier et au repos.

compostelle 489.jpgcompostelle 488.jpg

Chez « Manolo » en compagnie de Danielle et Jean-Claude. Maryline et Noëlla en compagnie de cet homme qui de Santiago du Chili est venu à
Santiago de Compostelle


Jeudi 8 Juillet

J’ai eu beaucoup de mal à m’endormir hier soir. Je toussais beaucoup, j’avais le nez qui coulait, bref j’étais pas en forme.
j'ai donc décidé de ne pas accompagner maryline et Noëlla à Fistera. j'ai besoin de repos , de calme et de solitude.

Ce matin je les entend se préparer, je suis toujours dans un demi sommeil, abrutie par mon mélange somnifère et médicament contre le rhume. En partant Maryline me dit qu’elle garde la clé. Il n’en est pas question. Je ne vais pas rester cloîtrée ici toute la journée.
Elle me dit que je n’aurai qu’à demander une autre à la gérante.
Eh !!! Je ne suis pas du tout certaine de la voir ce matin.
Finalement elle me la laisse et on se donne rendez- vous en ville chez « Manolo », dans la soirée.

Elles sont parties. Je me rendors jusqu’à 9h. Je suis bien là à me reposer. J’ai la flemme de descendre au café prendre mon petit déjeuner. J’ai quelques biscuits, ce sera très bien.

Plus tard après une bonne douche, je descend et je me met en quête d’un coiffeur. Je trouve un petit salon de coiffure dans la vieille ville . La coiffeuse peut me prendre tout de suite pour une coupe. Je demande si une couleur est possible également ? Pas de problème…
Comme je suis bien là à me faire dorloter. Cela fait si longtemps , presque trois mois, que je galère. Dans le salon, j’apprend la libération d’Ingrid Betancourt. Je réussis à lire l’article en espagnol dans la presse. Pas tout bien sûr, mais l’essentiel. La coiffeuse me dit que je parle bien l’espagnol, car elle me comprend. Elle est très gentille cette demoiselle?....

Me voici toute belle…
Je retourne vers la cathédrale et comme il est presque midi, je décide d’assister encore une fois à la messe. J'y rencontre Pierre. Nous restons ensemble durant l’office. Ensuite il me propose de déjeuner avec lui. On se donne rendez-vous à 14h chez « Manolo ».

Sur les marches de la cathédrale, je vois un énorme gaillard qui me tourne le dos. C’est Mikle ! Sans hésiter, je lui tape sur l’épaule , il se retourne me reconnaît et il me prend dans ses bras. Je demande à un touriste d’immortaliser cet instant. C’est incroyable, j’ai rencontré cet homme pour la première fois dans les Pyrénées, on s’est perdu de vue , on s'est revu, il a dormi près de moi dans un gîte, on s'est reperdu, je l’ai revu la dernière fois sur les pentes du Cebrero en nage et soufflant comme un bœuf et là , il est devant moi, tout heureux de me revoir.
Oui cet instant , il fallait le graver sur la pellicule. Nos retrouvailles sont brèves car on n’arrive toujours pas à communiquer, ça restera pourtant un moment fort du Chemin.

compostelle 497.jpg


Mikle me serre contre lui… Quel bonheur d’être arrivés au but !!!


A 14h je me rend chez « Manolo ». Pierre est là, il m’attend assis sur un banc près du restaurant. Nous devons patienter un petit quart d’heure pour obtenir une table. Il y a beaucoup de monde. Le personnel est bien organisé, il n’y a pas de temps mort. Tout le monde s’active.
Pierre me parle des soucis de santé de son petit fils. C’est pour lui qu’il a fait le chemin. Sous son apparente « grande gueule » je sais qu’il cache un cœur d’or.

Après le repas on se sépare. Ne sachant trop quoi faire, je regagne la chambre et j’y fait une très longue sieste.
Comme j’ai bien dormi !!! Il est presque l’heure de partir au restaurant rejoindre Danielle et Jean Claude. Maryline m’appelle. Elles sont de retour à Santiago et n’ont pas envie de nous rejoindre pour dîner. Elles vont grignoter en faisant encore les boutiques. On se donne rendez-vous à 22h devant la porte de notre immeuble.

C’est avec grand plaisir que je retrouve mes amis vannetais. Ils se sont reposés eux aussi et ils n’ont plus vraiment très envie de se rendre à Fistera. Nous passons une bonne soirée tous les quatre. Ils me raccompagnent jusqu’à l’immeuble. Maryline et Noëlla sont dans le hall, assises sur les marches de l’escalier, visiblement exténuées par leur virée jusqu’à la mer. Voyant leur fatigue Danielle et Jean-Claude ne s’attardent pas. On s’embrasse et chacun regagne son logis.

J’ai bien fait de ne pas suivre mes amies. Moi, je suis reposée ,détendue, mon rhume va même beaucoup mieux. Je leur raconte ma belle journée, mon passage chez le coiffeur, la messe et le repas avec Pierre, les retrouvailles avec Mikle … Mais elles me répondent du bout des lèvres. Je n’insiste pas et je vais me coucher.


Vendredi 9 Juillet


C’est le retour…Nous voici à la gare. Dans le hall nous retrouvons Pierre, le couple de hollandais, Hans et Hanneken et aussi Louis-Marie que nous n’avons pas revu depuis longtemps.

Nous prenons place dans le même wagon. Pendant ce long trajet jusqu’à la frontière je suis très heureuse d’avoir la compagnie de Pierre. Il nous raconte quelques anecdotes qui lui sont arrivées durant sa carrière de vétérinaire. Il nous parle de ce chat aux poils tellement emmêlés qu’il a du tondre et de la réaction de la propriétaire épouvantée par le nouveau look de son animal. Il ne sait pas si les poils du chat ont repoussé, car il n’a jamais revu sa charmante patronne.

Le train suit un peu le même trajet que le Chemin et nous voyons défiler ce paysage dans l’autre sens. La meseta a déjà changé de couleur. La moisson a eu lieu et le rouge des coquelicots est remplacé par le blond du chaume. Nous apercevons de temps en temps un pèlerin qui marche vers la lumière. On l’envie presque d’être encore en route.... NOSTALGIE ??? Déjà!!! AIE...AIE...

Et puis nous arrivons en gare d’Hendaye. Notre correspondance part dans deux heures. Nous avons le temps de partager un dernier repas tous ensemble.

Et c’est le moment des adieux. Pierre prend le même train de nuit que nous trois mais dans un compartiment différent, les hollandais également et Louis-Marie passe la nuit à Hendaye.

Nous nous installons dans nos couchettes, le train démarre et je m’endors plus ou moins bercée par le teuf-teuf de la machine.
Nous descendons à Orléans. Une petite demi-heure d’attente et nous repartons pour la dernière étape.

Maryline et Noëlla descendent toutes les deux en gare d’Angers. Nos derniers jours ensemble ont été un peu difficile. Fatigue? Certainement. Un mois et demi ensemble, celà commençait à faire trop long.

On se fait tout de même la bise, mais nous n’avons pas échangé nos adresses. Je sais aujourd’hui que l’amitié est toujours là. J’ai eu les coordonnées de Noëlla par Jacques et j’ai repris contact avec elles deux. Elles sont venues à la maison et nous nous sommes encore revues cet été chez Noëlla.

Je continue ma route seule maintenant. La gare de Nantes est bientôt là. Le train s’arrête. Je vois Marcel, Pascal et Suzette (notre chienne) sur le quai .

C’est bon de retrouver les miens…


En Conclusion

Malgré la fatigue, la douleur, principalement aux pieds, le découragement parfois, ce voyage est très positif . Il y a un avant Compostelle et un après Compostelle. Quelque chose a changé. C’est très difficile de le transmettre à son entourage, car je crois qu’il faut l’avoir vécu pour le comprendre.

C’est quoi être pèlerin ?

Je laisse à Jacques Nieuviarts , auteur du livre "Nomades le petit livre du marcheur et du pèlerin" répondre à cette question…

"Etre pèlerin, c'est marquer une pause dans le rythme fou des jours et celui de l'ennui ou de la solitude, celui aussi des soucis et des déserts intérieurs, attendant une réponse intérieure du ciel et convaincu qu'elle peut venir(...).
C'est dès lors quitter son lieu et rompre avec le quotidien. Quitter le circuit familier de la maison, du quartier(...).
C'est s'exposer à la nouveauté, à la surprise, à la différence, à la rencontre.
Rien ne dit à l'avance qui on rencontrera en chemin mais le pèlerin espère la rencontre.
Partir c'est perdre des repères dans l'espérance immense ou folle de tout gagner."


Voilà! L'essentiel est dit. J'ai terminé la rédaction de ce récit. en l'écrivant j'ai revécu chaque étape, j'ai revu chacune des personnes rencontrées.
je sais que jamais j'oublierai.

Je ne reverrai probablement jamais tous ces amis du chemin, mais ils resteront toujours dans mon coeur. A Jacques, Maryline, Noëlla, Pierre, Louis-Marie, Daniel, Maria, Julie , Guerda, Françoise, Mickle, Michel, Marie Jo et tous les autres, un grand MERCI. Ce sont toutes ces rencontres qui font le Chemin.
On oublie vite les fatigues, les coups de blues. Il ne reste que les échanges, les complicités, l'Amitié.

A tous ceux qui envisagent de le faire, Allez y, foncez. Je l'ai fait, alors vous pouvez le faire. Il suffit de le vouloir très fort et ensuite de mettre un pied devant l'autre.

C'est ce que je vais faire Mercredi 1er Septembre 2010. Je repars pour une nouvelle aventure....

A bientôt. Merci d'avoir lu ces notes

j'ai oublié l'essentiel

Merci du fond du coeur à Marcel mon époux de m'avoir permis de réaliser ce long périple en toute sérénité. merci à mes parents, à mes enfants.
Merci aussi à tous ceux qui m'ont soutenue par un petit coup de téléphone, un SMS ou en demandant de mes nouvelles à Marcel.
Je préfère ne pas les citer, j'ai trop peur d'oublier un seul.
Merci à Tous.

28.08.2010

36 - De Palas de Rey à O Pedrouso

Dimanche 29 juin – 74ème étape : Palas De Rei – Ribadiso Da Baixo (26km)
Total :1549km de parcourus


Aujourd’hui nous battons tous les records. Debout à 5h30, départ à 6h30.
Après deux heures de marche, c’est l’arrêt habituel pour prendre un café au petit bar du village. . On s’apprête à partir quand jacques pointe le bout de son nez. Il est heureux de nous retrouver et ne nous en veut pas du tout pour le rendez-vous manqué de la veille. Il nous explique qu’il n’aime pas les grands groupes tout simplement et qu’il a préféré sa solitude à une conversation trop superficielle.
Plus tard dans la matinée, je marche près de son fils Daniel. « Mon père aime les conversations vraies », me dit il, « il voulait dîner avec vous trois, il voulait vous connaître un peu plus … ».
L’étape est assez longue, mais les bornes jacquaires maintenant situées tous les 500mètres nous indiquent que chaque pas nous rapproche de Santiago.
C’est un parcours sinueux dans des paysages qui n’ont pas subi les grands bouleversements du XXe siècle . On ne s’ennuie pas , les forêts de chênes, d’eucalyptus et de châtaigniers se succèdent, parcourus de chemins creux. Je ne me lasse pas de cette Galice qui me semble si familière.
Je m’y sens tout simplement chez moi…

compostelle 462.jpgPetite pose casse-croûte très sympathique. Nous étions là, assises toutes les trois. Jacques, son fils Daniel et Maria se sont arrêtés pour faire la pose avec nous.









compostelle 464.jpgNous arrivons assez tôt au gîte. On craignait de ne pas avoir de place comme hier. Il y a déjà la queue à l’inscription.
Après un repas léger au bar de l’auberge, une douche et la lessive, je vois Jacques assis tout seul sur un banc dans le jardin. Je vais lui tenir compagnie. Maryline, Noëlla et Jean- pierre viennent nous rejoindre. Jacques est très sympa, ses histoires racontées avec un accent québécois très prononcé , me font beaucoup rire.
Le soir nous nous rendons tous les quatre au restaurant. On s’installe sur une petite table, dans un petit coin tranquille.



Lundi 30 Juin –75ème étape : Ribadiso de Baixo – O Pedrouso (22km)
Total : 1571 km de parcourus


C’est l’avant dernière étape. Demain, si tout va bien, nous serons à Saint Jacques De Compostelle. Nous partons à 7 h après un bon petit déjeuner dans le bar de l’auberge.
Les filles sont déjà 300 mètres devant moi, quand Jacques me rejoint. Nous marcherons ensemble un peu et puis il file devant. Je le vois échanger quelques mots avec les copines , puis il continue son Chemin.
Beaucoup plus loin je rejoins Maryline et Noëlla assises sur une grosse pierre. Sans hésiter, je pose mon sac et je m’assois à côté d’elles. Au loin sur un autre rocher, il y a un groupe de 3 personnes. Ce sont les québécois. Ils repartent déjà. Jacques nous adresse un grand signe de la main. Nous ne le croiserons plus sur le chemin.
Nous avons passé une excellente soirée en sa compagnie hier . C’est un homme très généreux. Il nous a parlé de sa famille, de son petit fils, du bénévolat qu’il fait tous les dimanches auprès d’enfants malades.
L’ambiance n’est pas la même ce soir à O Pedrouzo. Il y a beaucoup de monde. L’attente est longue pour atteindre le bureau d’inscription. Finalement on nous attribue un lit dans un dortoir au rez- de –chaussée. Pierre est là. Il ne se sent pas très bien et va se coucher.
J’aimerai me doucher, mais surprise ! les douches situées au fond de ce dortoir mixte n’ont ni portes ni même un rideau. Je ne suis pas maladivement pudique mais tout de même il y a des limites. Je retourne à l’accueil et on m’indique qu’à l’étage c’est la même chose mais que l’on a instauré un côté pour les femmes et un autre pour les hommes. C’est un peu mieux.
Une autre personne m’indique que les douches pour handicapés ont une porte qui ferme à clé. Je vais voir, j’ouvre et je me retrouve en face d’un homme dans le plus simple appareil…
Je crois que je ne me laverai pas ce soir. Mais un peu plus tard, comme par enchantement tout le monde a déserté les lieus. Je vais donc faire ma toilette au bout de mon dortoir.
Un peu plus tard en ville nous retrouvons Hanneken, elle paye un pot car c’est son anniversaire.
Nous dînerons ensuite toutes les trois et nous tenterons de dormir dans un brouhaha provoqué par un grand nombre de jeunes espagnols peu fatigués, car ils sont sur le chemin depuis seulement trois jours.

Etape précédente : De portomarin à Palas de Rey

Etape suivante : St Jacques de Compostelle

26.08.2010

35 - De Portomarin à palas de rey

Samedi 28 Juin – 73ème étape : Portomarin – Palas de Rey (25km)
Total : 1523km de parcourus


Nous quittons le gîte dans la brume ce matin. La montée est raide . Quand j’arrive 8km plus loin à Gonzar, au bar de l’étape, Noëlla m’annonce qu’il y a une bonne nouvelle. Elles ont revu Jacques le québécois mais il est déjà reparti. J’espère le revoir moi aussi ce soir au gîte.
Je rentre dans le bar et Pierre est là lui aussi. On tombe dans les bras l’un de l’autre. C’est aussi cela le chemin, ces amitiés qui se créent très vite. On sympathise et puis on se perd car tout le monde ne parcours pas la même distance dans la journée. Quand on a la chance de se retrouver comme cette fois au bout d’une semaine on a l’impression de revoir un ami de longue date . C’est tout à fait ce que je ressens lorsque j’aperçois Pierre.

compostelle 442.jpgChemin faisant, une jolie chapelle en pierre rose dédiée à Marie.












compostelle 444.jpg Comment ne pas songer encore à la Bretagne en voyant devant un chêne magnifique ce calvaire sculpté, le plus beau peut-être de tout le Chemin.












compostelle 449.jpgPierre nous a rattrapé. Avec lui nous visitons une étable. Il est vétérinaire dans la campagne liégeoise et les vaches, il connaît. Il est heureux d’en voir et de constater que l’étable est bien tenue. Il étreint le paysan avec son grand rire communicatif.
Un peu plus loin il nous explique le fonctionnement d’une éolienne de pompage.







compostelle 447.jpgLes Horréos ( local hors-sol destiné au stockage du grain) constituent une particularité architecturale propre à la Galice. Nous en voyons beaucoup aujourd’hui.








compostelle 448.jpgcompostelle 451.jpg
Nous longeons une jolie grange. Un peu plus loin, nous faisons une petite halte en compagnie de Hank et Hanneken, nos amis hollandais.


Nous atteignons Palas de Rey et c'est la joie quand je vois Jacques près de l’auberge. On échange un petit signe car il est au téléphone.
L’auberge est complète, le gîte privé également. Il y a du monde !
On approche de Compostelle. Beaucoup d’espagnols parcourent les 100 derniers kilomètres pour obtenir la « Compostella » sorte de diplôme attestant qu’ils ont fait le Chemin. Ceci est important sur leur CV.
Nous trouvons une chambre à deux lits dans une pension. Après tirage au sort, c’est Noëlla qui couchera parterre. Cela fait du bien de se retrouver rien que toutes les trois, d’avoir une salle d’eau dans notre chambre, d’être au calme.
Nous descendons faire nos courses et nous croisons Jacques qui nous invite à partager sa table ce soir au dîner. Nous acceptons avec plaisir.
Peu après Pierre nous invite également. En toute bonne foi, on se dit que l’on va pouvoir dîner tous ensemble. Ce sera sympa.
Jacques accepte au début, puis quand il voit d’autres personnes se joindre à nous, il me regarde et me dit : « Je crois que je vais manger ma petite salade tout seul ».
Embarrassée par son attitude je lui demande s’il préférait dîner avec nous trois. Il acquiesce. Je remonte la place avec lui, prête à lâcher les autres car c’est lui qui nous a invité le premier mais il refuse.
Il est certain qu’on se reverra encore et que cette fois on dînera tous les quatre. Bizarre!... Mais bon... Je retourne rejoindre le groupe.

compostelle 454.jpg


Autour de cette table : Pierre est belge, moi , Maryline et Noëlla, françaises, Hanneken est hollandaise, Guerda qui nous rejoindra est Suisse et l’homme barbu est chilien.

Etape précédente : De Calvor à Portomarin

Etape suivante : De Palas de Rey à O Pedrouso

34 - De Calvor à portomarin

Vendredi 27 Juin 72ème étape : Calvor- Portomarin (28km)
Total : 1498 km de parcourus


Je démarre seule. Il est 6h30 et je m’arrête au café du village prendre un chocolat chaud. Les copines ne s’arrêtent pas, tant pis…
A Sarria nouvelle pose , j’ai besoin d’un café. Il y a un client accoudé au bar et un homme endormi à une table devant son journal. Je comprend qu’il s’agit du « Patron ».
Je l’interpelle plusieurs fois, il dort à points fermés. Je me permet de lui faire une petite tape sur l’épaule et là, il bondit comme un diable et se met en quatre pour me servir mon café et un « bocadillo ».
Je reprend la route , et je retrouve Guerda à la terrasse d’un autre café. On échange quelques mots mais je ne m’attarde pas.

compostelle 435.jpgJe retrouve Maryline et Noêlla un peu plus loin . Elles ont quelques provisions à faire pour la route. Pour moi c'est OK (bocadillo et quelques fruits), donc je continue.
On va se retrouver à nouveau à la borne « –100km ».
Là je m'arrête un moment pour envoyer quelques SMS. Il reste 100km à parcourir et j’aurai atteint mon but : St Jacques de Compostelle !!!
Je suis super heureuse, j’en ai les larmes aux yeux . Je reçois aussitôt des messages de félicitation et d’encouragement.
Du coup, je me sens pousser des ailes et je vais marcher les 28km de cette étape plus facilement que 12 ou 15 au début de mon périple.




compostelle 433.jpgNous continuons notre cheminement au cœur de la Galice. Dès la sortie de Sarria on s’écarte des routes. Les hameaux minuscules sont reliés les uns aux autres par des chemins creux bordés de murets. La Galice continue à me séduire et m’apporte une grande sérénité.
Toute à la contemplation de cette beauté, j’ai failli prendre une mauvaise direction près du couvent de la Magdalena .







compostelle 437.jpgcompostelle 438.jpg

Peu après la borne indiquant les 100 derniers kilomètres, on atteint le village de Morgade suivi du hameau de Mirallos , sa petite chapelle et son joli cimetière avec ses tombes superposées.


compostelle 440.jpgEt voici Portomarin, la ville noyée et reconstruite.
Ce village connu dès le Xe siècle, a été noyé en 1962 par la création d’un barrage sur le Rio Miño.
Les monuments importants ont été reconstruits pierre par pierre sur la colline au milieu des nouvelles maisons.
Notre gîte très moderne est situé au bord du lac. Nous dînerons dans celui d’à côté en compagnie de Guerda.
Un tout jeune italien dort près de moi. Il m’adopte et m’appelle sa « Mama ».
Il est un peu « jeune coq ». Maryline ne l’apprécie pas du tout, moi, il me fait rire…

Etape précédente : De Alto de Poyo à Calvor



24.08.2010

33 -De Alto de Poyo à Calvor

Jeudi 26 juin – 71ème étape : Alto de Poyo –Calvor (26km)
Total : 1470km de parcourus


compostelle 420.jpg


J’ai bien dormi mais je démarre mal. Pourtant il fait très beau. Nous sommes au-dessus des nuages ; Maryline et Noëlla s’éloignent sur le chemin baigné de soleil. Moi je vais tranquillement, je suis bien avec cette mer de coton à mes côtés. Quelle paix !!!


compostelle 428.jpgJe me fais tout doucement distancée . aucune importance je vais faire mon chemin toute seule.
J’apprécie ma liberté dans cette région de Galice qui fait tellement penser à la Bretagne. Les maisons ressemblent à celles du centre Finistère. Je me sens chez moi et c’est le cœur léger que j’entame la longue descente vers Tricastela.
Les bornes jacquaires maintenant situées tous les 500 mètres annoncent le compte à rebours final.
A Tricastela je fais une petite pose dans l’église. Au bout du village beaucoup de pèlerins hésitent car il y a deux itinéraires possible.
Je prend celui du nord ; tant pis pour la visite du célèbre monastère de Samos. Le descriptif du chemin que j’ai choisi semble indiquer qu’il y a moins de bitume, et qu’en plus il est plus court.
J’espère retrouver mes amies ce soir au refuge de Calvor.





Je dois stopper plusieurs fois car j’ai une petite gastro. Cela fait quelques jours que je suis barbouillée, mais ce n’est pas douloureux. Il faut simplement que je m’arrête plus souvent et c’est pas toujours facile de se trouver des petits coins tranquille à l’abri des regards.
Au mini village de San Xil, je me trompe de direction. Un paysan sur son tracteur me fait signe de faire demi-tour. Je m’engage sur la route mais visiblement, ce n’est pas ça. Je retourne dans le village et là je retrouve le bon chemin.
Comme je me sens bien dans ce paysage ! Ca monte, ça descend, je contourne des toutes petites fermes , des calvaires , des chapelles. Les nuages ressemblent à ceux de chez nous.
Quel bonheur d’être là !
Dans un petit hameau je retrouve Guerda, la Suisse qui a partagé ma chambre l’autre nuit. Elle est attablée à la terrasse d’un café. Je m’assois à sa table et me commande un coca. Il paraît que c’est bon quand on fait une gastro. Je suis à peine servie qu’elle est déjà partie. Elle ne veut pas perdre son rythme. Très nerveuse cette femme, elle me fait penser à ma copine Louisette, même look, même dynamisme.
Je reprend la route, un peu plus loin je fais une halte avec deux autres pèlerins , un espagnol et un suisse. Ils ont l’intention de poursuivre jusqu’à Sarria.
Moi je m’arrête à Calvor , petit refuge au bord de la route juste avant le village d’Aguiada. L’accueil y est plutôt froid. L’hôtesse assise derrière son bureau encaisse la monnaie et indique en trois mots l’escalier qui conduit au dortoir et l’endroit à l’extérieur où on peut laver son linge. Les douches sont au fond du dortoir.
La plupart des lits sont déjà occupés. Ils sont groupés deux par deux. Je m’installe et juste après un type vient occuper l’autre lit. Il s’appelle Hank et il est hollandais. Il souhaite dîner en ma compagnie ce soir. Pourquoi pas ?
Voilà les copines qui arrivent. Elles s’étaient un peu perdues. Finalement on ira tous les quatre au restaurant et l’on passera une très bonne soirée avec ce hollandais bien sympathique.

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Sur le chemin...

Etape précédente : De Vega de Valcarce à Alto de Poyo

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23.08.2010

32 -De Vega de Valcarze à Alto de Poyo

Mercredi 25 juin – 70ème étape : Vega De Valcarce – Alto Do Poyo (21km)
Total : 1444km de parcourus


Nous prenons le départ à 6h45 pour l’étape de montagne vers O Cebrero. Au bout d’une petite heure de marche, le chemin grimpe raide à flanc de montagne. Je monte doucement mais ça va bien. Mikle est derrière moi. Il souffre de son excès de poids, il souffle et transpire.
Au bar de La Faba (altitude 915m), beaucoup font une pose. La chemisette de Mikle est trempée. Il l’enlève sans complexe.
Après avoir avalé vite fait un petit en cas, nous reprenons l’ascension vers O Cebrero (alt.1300m). Le paysage est fabuleux. Cette montagne recouverte de genets d’or nous offre sous un soleil timide un moment inoubliable de beauté et de pureté.
O Cebrero est un village important dans la longue marche vers Santiago. Avec ses chaumières, son église datant de l’ an 1000 et sa brume à laquelle nous n’avons pas échappé , il nous fait plongé dans une atmosphère médiévale.
J’aurai aimé y passé la nuit. Il est à peine 11heures et Maryline continue la route suivie bien sûr de Noëlla. Machinalement je les suis. Ce sera un de mes plus grands regrets , avoir traversé ce village trop vite. Peut-être qu’un jour j’y reviendrais.
Nous laissons donc ce village enveloppé dans sa ouate et un peu plus loin nous retrouvons le soleil. Nous sommes au-dessus des nuages qui stagnent sur la vallée. C’est tout simplement féerique !!!
Je n’ai pas eu le courage de laisser partir mes amies et de rester au Cebrero. Je m’en veux pour cette faiblesse. Je me sens fatiguée, déçue, vidée. La beauté de l’environnement m’empêche de sombrer dans le découragement le plus total. C’est vrai que je n’ai plus le moral, je crois que j’ai encore maigri. Il est grand temps que je rentre chez moi me refaire une santé. Il y a pourtant encore une semaine à tenir avec des étapes de montagne de 26km. J’espère que je tiendrais car j’ai très hâte de rentrer chez moi retrouver les miens.

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O Cebrero, village mythique , trop vite traversé


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Le village de O Cebrero est aussi le point d’entrée en Galice. Nous approchons sérieusement du but.
Aller ! Encore un peu de courage !
Ce soir nous dormons dans une auberge un peu déprimante. Il n’y a pas grand monde. Nous y retrouvons le couple de Hollandais. La chambre située sous le restaurant n’est pas très propre.
Le repas est pourtant bon, mais l’ambiance n’y est pas. Les soirées sont longues. Nous n’échangeons plus beaucoup toutes les trois.
Ce voyage est long pour chacune et je songe au retour. Il y a pourtant une espèce de nostalgie qui s’installe à l’approche du but. J’espère cette arrivée à Compostelle et je la redoute également.
C’est très difficile de trouver les mots justes pour décrire mon état d’esprit.

Etape précédente : De Molinaseca à Vega de Valcarce

Etape suivante : De Alto de Poyo à Calvor

22.08.2010

31 - De Molinaseca à Vega de Valcarce

Lundi 23 Juin – 68ème étape : Molinaseca – Cacabelos (22km)
Total : 1398km de parcourus


Nous étions bien hier au soir avec tous ces pèlerins que l’on commence à connaître un peu plus. Le gîte est pourtant bruyant. Les espagnols sont excités avec la coupe du monde de football. Ils sont en bonne place.
Du bar j’essaie d’appeler Gaël. On s’entend à peine. Puis la cloche sonne, le repas va être servi. Au milieu du repas, Francis se lève et sort précipitamment, je crois qu’il est malade. Je n'aurai plus l'occasion de le revoir.
On est quelques uns à se retrouver ensuite sur la terrasse pour bavarder. Jacques le couche tôt me souhaite un "Beau Bonsoir" avec son bel accent québécois.
Je m’attarde un peu avec Louis-Marie. C’est un « Compagnon du Devoir». Il a fait toute sa carrière dans la charpente et la menuiserie. Jeune retraité de 57 ans, il va continuer à former d’autres jeunes, toujours dans la lignée du compagnonnage. Il trouve que le Chemin de Compostelle est pour lui une bonne parenthèse entre sa carrière et son futur bénévolat. Il reste dans le même esprit, la même philosophie.


Castillo_templario_de_Ponferrada_001[1].jpgCe matin la route pour Cacabelos est désespérante. Des trottoirs, encore des trottoirs. Par contre on avance plus vite mais que c’est moche !!!
Au tiers de l’étape nous abordons Ponferrada. La route monte raide vers le vieux centre de la ville.
Après le château des templiers, puis la place de l’hôtel de ville c’est une traversée interminable de cette ville industrielle qui nous attend.










Nous arrivons à Cacabelos. Le gîte se trouve de l’autre côté du pont. Nous rencontrons Louis- Marie, il nous guide jusqu’à l’auberge.
Cette auberge est insolite car les 72 lits sont répartis par chambrettes de 2 lits le long du mur d’enceinte d’une vieille église. Je partage ma chambre avec Guerda, une suisse qui voyage seule.
Ce soir il fait beau. On ne retrouve aucun pèlerin connu au moment du dîner. Nous décidons d’acheter de quoi nous restaurer et nous allons nous installer sur l’herbe au bord de la rivière pour dîner toutes les trois.
Mais le cœur n’y est pas. Toutes les trois, nous n’avons plus grand chose à dire.
Maryline voudrait allonger les étapes. Je sens bien qu’elle n’est pas contente car on a perdu le reste de la bande. Les suivre veut dire parcourir une trentaine de kilomètres par jour. Je ne suis pas sûr de le vouloir et surtout de le pouvoir.
D’un autre côté, me retrouver à nouveau seule ? A moins de faire de nouvelles rencontre, A voir…

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Mardi 24 Juin – 69ème étape : Cacabelos – Vega de valcarce (25km)
Total :1423km de parcourus



J’ai encore très mal dormi la nuit dernière. Ces petites chambres ne sont pas isolées les une des autres, les murs s’arrêtent à un mètre du toit. Les voisins ont parlé tard, allumé la lumière, joué avec leur portable. A minuit, n’y tenant plus, j’ai pris un somnifère.
Quand Maryline a frappé à ma porte à 6h du matin, j’ai eu beaucoup de mal à me réveiller.
Du coup, ce matin je n’avançais pas et elles m’ont vite distancée. J’ai marché seule sur l’autoroute bétonnée des pèlerins entre des vignobles.
A Villafranca, j’ai hésité . Habituellement elles m’attendent à l’entrée d’une ville, et là personne. J’hésite un peu… continuer le chemin ou entrer dans la ville ?
J’ai besoin d’un café et je n’ai pas de provisions pour midi. Je me dirige donc vers le centre. Il y a beaucoup de pèlerins dans le café et il faut jouer des coudes pour se faire servir. Un couple de Hollandais déjà rencontré plusieurs fois, me demande où sont mes amies. Mikle est là aussi visiblement étonné de me voir toute seule. Je leur fait comprendre que je ne sais pas où elles sont.
Aucun d’eux ne les a vues.
Enfin peu importe, je peux me débrouiller sans elles. Je commande un chocolat chaud que je consomme toute seule au bar et un bocadillo que j’emporte.
Je reprend la route mais je ne retrouve pas tout de suite les marques et je dois me renseigner. Où ont passé tous les autres ? Il n’y a plus un seul pèlerin. J’achète des cerises à une dame qui tient boutique à l’entrée de sa maison.
Il y a des travaux dans la ville et un échafaudage masque les indications. Un espagnol me fait comprendre que je me suis trompée et m’indique la direction à suivre.
Je trouve que ce n’est pas très évident , je ne vois aucun fléchage, je demande encore à des cyclistes « Es aqui el camino ? » … « Si, si es aqui ».
Pas très sûre de moi, je continue quand même et bientôt les petites coquilles sont là qui me rassurent. Je traverse un village et je retrouve Mikle. Il me parle par gestes et je crois comprendre qu’il a vu Noëlla et Maryline mais bon ! Si elles sont à l’auberge de Vega de Valcarce, je les retrouverai, sinon tant pis…
Un peu plus loin, je trouve enfin un champ un peu en contrebas de la route. Je décide d’y faire une pose. J’ai presque terminé mon casse-croûte quand je vois les deux copines qui arrivent. Elles ne me voient pas. J’ai un peu envie de les laisser passer, pourtant je les appelle. Comment se fait il qu’elles sont derrière moi ?
A la sortie de Cacabelos, elles m’ont semée, puis d’après Maryline, elles ont fait un arrêt technique et elles m’ont vue tourner dans le chemin et j’ai pris de l’avance. Elles pensaient me rattraper avant Villafranca ; là elles ont continué alors que j’étais au ravitaillement. Dans le village suivant elles ont mangé au restaurant un peu en retrait de la rue et je me suis à nouveau retrouvée en tête.
Tout ça a peu d’importance, nous reprenons la route ensemble toutes les trois et nous arrivons ensemble au gîte. L'Amitié continue.

compostelle 394.jpgL’auberge est bien mais il n’y a pas d’accueil. On s’installe là où il y a de la place.
Mikle est là aussi. Maryline se présente en même temps que lui à la porte de la douche. Par une belle révérence, il lui indique d’y aller en premier. La courtoisie existe encore ! c’est très agréable de le constater.
Un peu plus tard le linge sèche au soleil et nous sommes installés sur la petite terrasse face à la montagne. Un tout petit chien aboie contre un chat deux fois plus gros que lui qui le regarde d’un air méprisant. Ce petit numéro amuse tout le monde. On est bien…









compostelle 395.jpgLe soir nous retrouvons Julie au restaurant. Elle est un peu fatiguée et elle a décidé de dormir ce soir en chambre d’hôte. Je la trouve très sympa . Elle travaille à Montréal et s’occupe de personnes sourdes et aveugles.
Peu de choses à ajouter. Les jours se ressemblent, la lassitude se fait sentir. Je voudrais diminuer l'allure (toujours cette impression de course permanente), aller plus doucement , à mon rythme pour mieux profiter des paysages. pourtant je suis le mouvement car j'ai un peu hâte que ça se termine .
Demain ce sera l'ascention du Cebreiro (altitude 1300m).

Etape précédente : De Rabanal del Camino à Molinasaca

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30 - De Rabanal del Camino à Molinaseca

Dimanche 22 Juin – 67éme étape : Rabanal Del Camino – Molinaseca (26km
Total : 1376km de parcourus



compostelle 373.jpgCe matin j’ai envie d’être seule. Je marche donc en tête puis je prends du retard.
Le Chemin s’élève dans un décor de landes de plus en plus austère pour atteindre le village de Foncebadon qui ne réussit pas à se relever de ses ruines.
Personne dans la rue à part des chiens et des chèvres.
L’auberge est là , mais je ne m’y arrête pas…


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Quelle beauté ! Quel calme ! Seule sur ce chemin, je me sens bien.
Oh, il y a des pèlerins, devant moi, derrière moi, je ne les vois pas vraiment.
J’arrive à la Cruz de Ferro.
Daniel est sur le cairn. Il semble chercher quelque chose. Jacques, son père est assis plus loin tout seul.
Je suis sur le point de le rejoindre , son attitude stoppe mon élan. Son regard est tourné vers son fils, il le fixe , il ne voit que lui.
Je m’assois en retrait. J’ai bien fait car tout d’un coup Daniel se précipite vers Jacques qui se lève et le serre contre lui.
Le père et le fils s’étreignent et pleurent dans les bras l’un de l’autre. Il doit y avoir quelque chose de très fort entre ces deux là. J'ai bien fait de me tenir à distance et de les laisser vivre ce moment rien qu'à eux.
Je monte à mon tour auprès de cette croix. J’y dépose le cailloux apporté de Kérillan, chez mes parents. Je l’ai gardé précieusement pendant tout mon périple . Je glisse sous une grosse pierre une lettre écrite hier soir .
Je suis émue moi aussi. Je laisse couler quelques larmes. Elles lavent ma fatigue.
Je retourne m’asseoir près de mon sac. J’observe les pèlerins au pied de cette croix. Julie pleure à son tour.
Comme cet endroit est émouvant ! Tant de pèlerins sont venus jusqu’ici ; ils y ont tous déposés leur peine et ils sont tous repartis avec de l’espoir dans le cœur.
C’est ce que je vais faire moi aussi. Jacques et Daniel se lèvent pour repartir.
J’attend un peu qu’ils s’éloignent et je reprend moi aussi ma route.
J’ai toujours un peu d’eau dans les yeux mais petit à petit la beauté du paysage m’apaise. Beaucoup plus loin je fais une pose et les filles me rejoignent. Après le pique-nique, il reste 9 km de descente dans les cailloux à parcourir. C’est dur, mais j’y arrive.

compostelle 382.jpgAprès La « Croix de Fer », le sentier continue dans des paysages grandioses de montagnes quasi désertes. Le village abandonné de Manjarin (1460 mètres) donne une impression de désolation. Pourtant le refuge est là, très sommaire mais gardé. Il a été très souvent utile aux pèlerins.







compostelle 384.jpgUn peu plus loin, après un sentier pentu, puis très raide , on aboutit sur un changement radical d’habitat au village d’El Acebo. Les ardoises remplacent les tuiles , la végétation change.










molinaseca[1].jpgf1f88a9dc6529c2a6491befc87cbecf2[1].jpg

Nous arrivons à Molinaseca.


Etape précédente : De Villar de mazariffe à rabanal del Camino

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19.08.2010

29 - De Villar de Mazariffe à Rabinal del Camino

Vendredi 20 Juin – 65ème étape : Villar de Mazarife – Astorga (32km)
Total :1329km de parcourus



J’ai bien dormi et je suis la première des trois à me rendre dans la cuisine pour prendre mon petit déjeuner. Jacques est là tout seul. Quand il me voit, il s’empresse de ramasser ses affaires pour me laisser la place. J’aurais aimer discuter un peu avec lui, mais il semble inaccessible. Sauvage, Fier ? distant ? Je sais aujourd’hui qu’il est un grand timide et qu’il a un cœur d’or.


compostelle 372.jpg


C’est une très longue étape qui nous attend aujourd’hui, 32km, c’est un record pour moi.
Hospital de Orbigo, première étape de la journée, est un charmant village avec son pont médiéval aux 20 arches datant du XIIIe siècle. C’est le plus long et le plus célèbre de tout le camino.
Et c’est vrai que je n’en finis pas de le traverser avec mes pieds endoloris et malmenés par ces gros cailloux.
Nous faisons une pose dans un bar. Beaucoup de pèlerins ont eu la même idée. Certains, reprennent déjà le chemin.


A la sortie du village nous apercevons une chaîne de montagne au loin devant nous. C’est un changement radical de paysage. Finit la monotonie de la Meseta. Maintenant ce sont des champs cultivés , puis des bois de chênes verts qui ondulent vers l’horizon.
Il reste 17 km à parcourir avant d’atteindre Astorga


02-villadangos-astorga-r%20%2821%29[1].jpgNous atteignons bientôt la Croix de Santo Toribio. De là on découvre la ville d’Astorga qui est à la croisée de deux grands chemins, la Camino Francès et la Via de la plata qui démarre de Séville.









02-villadangos-astorga-r%20%2827%29[1].jpg02-villadangos-astorga-r%20%2831%29[1].jpg










La cathédrale et le palais épiscopal.
La cathédrale, bâtie à partir de 1471, est Gothique à l’intérieur et baroque à l’extérieur. Le palais Episcopal a été conçu en 1889 par l’architecte Gaudi.


Nous arrivons assez tard à Astorga. Je suis fatiguée. Il reste de la place au 3ème étage, une chambre avec six lits entassés dans cette petite pièce. Trois cyclistes, des allemands très grands vont la partager avec nous. On va manquer d’air là-dedans !!!
Nous n’avons pas beaucoup de temps pour souffler. Après la douche, il faut faire la lessive comme d’habitude, au sous-sol (4 étages à descendre), puis étendre le linge dans le jardin que l’on atteint par un escalier en pierre d’une douzaine de marches . Ensuite il faut remonter tous ces étages.
Je me demande où je vais chercher l’énergie pour faire tout ça. Pourtant j’y arrive.
On rencontre Jean Claude dans les couloirs. Louis- Marie est là également. On se donne rendez-vous pour dîner ensemble près de la cathédrale.
On y retrouvera Daniel le fils de Jacques et Maria ; Pierre est là également ainsi qu’une jeune femme accompagnant une adolescente un peu paumée qui fait le chemin en guise de réinsertion. Francis est présent également. Il manque Jacques qui a décidé de se coucher tôt d’après Daniel ???



Samedi 21 Juin – 66ème étape : Astorga – Rabanal del Camino (21km)
Total : 1350km de parcourus



J’ai eu beaucoup de difficultés à m’endormir hier soir. Nos trois cyclistes ronflaient très fort. J’ai finalement pris un somnifère , c’est indispensable parfois si on veut récupérer un peu. Je préfère les grands dortoirs à ces petites chambres. Les plafonds y sont plus hauts, on y respire mieux et l’on ressent moins la promiscuité. Ce refuge était en plus très bruyant, beaucoup de passages dans les couloirs.
On se lève tôt et à 7h30 on commence déjà la traversée de la ville. Je téléphone à Gaël opéré hier au soir pour prendre de ses nouvelles. Il me répond mais visiblement ne m’entend pas. Je change de cabine et là ça fonctionne. Il va plutôt bien.
Rassurée je démarre mon étape. On rencontre Jean - Claude devant un distributeur. La machine lui a rendu sa carte bancaire, son justificatif de retrait mais pas son argent. Il attend l’ouverture de la banque pour récupérer son dû mais je lui fait remarquer que l’on est Samedi et que la banque restera fermée tout le week-End. Très contrarié, et avec beaucoup d’appréhension, il se dirige vers une autre banque. Cette fois l’opération se déroule bien mais il est inquiet car il craint que son compte a été débité la première fois alors qu’il n’a pas eu son argent.
Il faut continuer, alors c’est ce qu’il fait. Il va nous accompagner un bout de chemin. Je suis en tête, mais pas très longtemps. Ils me dépassent tous les trois et je suis à nouveau seule.
C’est dur ce matin, je n’ai pas assez dormi. Le chemin commence à me peser. Maryline et Noëlla sont plutôt distantes à mon égard, en tous cas c’est ce que je ressens. Nous sommes depuis longtemps ensemble. Peut-être devrions nous nous séparer ? Pourtant elles m’entraînent et m’encouragent. Je veux pas lâcher si près du but , mais j’en ai marre…

compostelle 382.jpgLe paysage est cependant magnifique. On traverse de tous petits village que le Chemin a réveillé comme Santa Catalina ou El Canso (40 habitants chacun).









refgaub_000[1].jpgRabanal Del Camino qui se transformait en village fantôme a été restauré par des Anglais de la fraternité de St Jacques. Il compte aujourd’hui trois refuges, une épicerie et plusieurs hôtels- bars -restaurants.
Nous faisons halte dans le refuge tenu par cette confrérie. Accueil extraordinaire, je me sens tout de suite requinquée. Francis est là qui nous fait de grands signes de sa fenêtre, les québécois sont là également avec Julie jeune fille de Montréal très sympathique. Nous retrouvons la jeune éducatrice et son adolescente. Très en forme aujourd’hui elle nous fera une belle démonstration de lancer de twirling- bâton.
Ce refuge est composé de petits bâtiments anciens. Nous logeons dans une petite maison en pierre très fraîche. Je m’y sens bien.
Nos hôtes nous offrent le thé et des biscuits (très anglais). Nous sommes plusieurs nationalités réunis autour de cette table. Parmi nous des coréens , des belges, des hollandais, des québécois, des anglais et bien sûr des français.
Ensuite chacun vaque à ses occupations. Le jardin est vaste. Je m’installe dans un coin pour écrire, puis je rejoins les copines assises un peu plus loin. Jacques vient vers nous, il a préparé les photos et textes qu’il déposera demain à la Cruz de Ferro.
A 19h, nous sommes un bon groupe à nous rendre à l’église écouter des chants grégoriens interprétés par deux moines. J’avais espéré un groupe plus importants de moines, pourtant leur chant est beau et me touche beaucoup.

Le soir nous dînons avec Jean- Claude. Francis et Louis-Marie occupe la table voisine. Un peu plus loin ce sont les jeunes tourtereaux Daniel et Maria.
Je préfère les grandes tables où nous sommes tous réunis …

Etape précédente : De Léon à Villar de mazariffe

Etape suivante : de Rabanal del Camino à Molinaseca

28 - De Léon à Villar de Mazariffe

Jeudi 19 juin- 64éme étape :Leon - Villar de mazariffe (22km)
Total : 1297km de parcourus


compostelle 351.jpgcompostelle 354.jpg











L’entrée dans la ville de Léon a été laborieuse, la sortie est encore plus compliquée. Nous tournons en rond autour du quartier de la cathédrale avant de trouver enfin la bonne direction.
Après avoir suivi un dédale de rue nous débouchons sur une vaste place avec à droite l’ancien hôpital San Marcos transformé aujourd’hui en Parador (Hôtel de luxe)
Sur la place, face à l’Ancien Hôpital de San Marcos Un pèlerin médite Le visage levé vers le ciel .



Il y a deux possibilités pour se rendre à Villar de Mazarife, soit le « Camino Real » plus court mais qui suit les bas-côtés de la Nationale par une piste aménagée, ou « la Calzada de los Peregrinos » située plus loin des grands axes.
Nous choisissons le chemin le plus long mais plus paisible. Nous l’empruntons juste après la Virgen del Camino à la sortie de Leon.

compostelle 356.jpgAprès 8 km de traversée de la banlieue de Léon dans un brouhaha étourdissant, nous retrouvons enfin la tranquillité de la campagne. Il y a quelques maisons troglodytes.









compostelle 357.jpgAu refuge « l’Albergue de Jésus », nous retrouvons nos amis québécois déjà installés. Ce refuge est très sympathique, ce sera je crois l’un des plus pittoresques du Chemin.
L'ambiance est magnifique, le confort est assuré. Des matelas sont installés à l'extérieur avec de grosses couvertures de laine pour ceux qui voudraient profiter des étoiles tout en ayant un petit toit au-dessus d'eux. On vous reçoit chaleureusement.
Nous choisissons une chambre au rez -de -chaussée. Nous y serons très tranquilles toutes les trois.
Les douches sont dans la cour. Jacques s’est trouvé un fauteuil très confortable et il s’y est installé pour lire. Maryline échange un peu avec lui.
Puis nous nous installons au soleil plus loin dans le jardin. Lecture, courrier et définir nos prochaines étapes nous occupent un bon moment.


compostelle 360.jpg Plus tard dans le village, en faisant les courses nous retrouvons Francis et Pierre . Ils sont installés sur une terrasse avec Jacques , Daniel et Maria. Nous nous attablons un moment avec eux. Je les quitte pour téléphoner à la maison. Gaël est hospitalisé pour une petite intervention chirurgicale.
Le soir, nous dînerons tous ensemble, L’allemande dont je ne connais toujours pas le prénom est là aussi. Une jeune brésilienne se joint à nous ainsi qu’un ami de Francis qui est venu marcher avec lui 2 ou3 jours.
C’est une belle soirée. On oublie la fatigue et la douleur du voyage.



compostelle 362.jpgcompostelle 363.jpg
compostelle 365.jpgUn petit aperçu de notre gîte.
Ambiance très “Peace and love” dans ce décor un peu hippie...








compostelle 367.jpgCe vélo appartient à des hollandais . Le tandem est une autre façon de cheminer.

Etape précédente : De Carrion de los Condes à Léon

Etape suivante : De Villar de Mazariffe à Rabanal del Camino

18.08.2010

27 -De Carrion de los Condes à Léon

Dimanche 15 Juin – 60ème étape : Carrion De Los Condes – Ledigos (23km)
Total : 1227km de parcourus


compostelle 319.jpgIl pleut. Il faut pourtant marcher… Nous quittons Carrion De los Condes en passant près des bâtiments de l’ancien monastère San Zoilo.
Ensuite une longue ligne droite de 17 km au milieu d’une plaine nous attend. Pas de village, de temps en temps un chêne. ..
C’est le moment d’apprécier le silence et d’ouvrir grand les yeux sur l’immensité . Hélas ! je suis fatiguée et je n’ai pas vraiment le cœur en fête aujourd’hui.

Nous entrons maintenant dans le petit village de Ledigos. Le gîte se trouve à l’arrière d’un bar . C’est tranquille. Il y a un grand jardin à l’abri des regards . Tandis que le linge sèche, nous nous reposons au soleil, courrier, lecture, compte-rendu de la journée etc…
L’allemande qui a partagé notre chambre à Pampelune est là également. Je n’éprouve toujours pas la moindre sympathie pour elle. Je crois que c’est réciproque. Maryline discute un peu avec elle en anglais , moi je ne fais aucun effort, j’ai pas envie.
Le bar fait également restaurant. Nous y dînerons.
Nos amis d’hier ne sont pas là. Les reverrons nous ? C’était sympa ce petit repas en leur compagnie. Avec Maryline et Noëlla il n’y a plus beaucoup de conversation. Je m’ennuie un peu en leur compagnie. Elles sont pourtant gentilles même si Maryline veut un peu trop à mon goût imposer les étapes et l’itinéraire de son choix.
Aucune nouvelles des québécois non plus. Ils ont dû nous distancer…
Demain nous prévoyons (idée de Maryline) de partir de bonne heure. Pendant la nuit je réalise que la sortie du gîte se fait par le bar et celui-ci n’ouvre qu’à 7h30. Le réveil va sonner à 6h mais ce sera inutile de se presser.
Ce sera donc « Grasse Matinée » jusqu’à 7 h.



Lundi 16 juin – 61ème étape : Lédigos – Cazalda de Cotto (23km)
Total : 1250km de parcourus


Le réveil sonne à 6 h comme prévu mais Maryline a réalisé elle aussi que nous ne pouvons pas partir avant l’ouverture du bar. J’apprécie de rester un peu plus longtemps au lit.
Petit- déjeuner au bar. Les croissants ne sont pas très frais. Le café se fait attendre. Ils ne sont pas très rapide là-dedans !!! On dirait qu’ils ne savent pas que les pèlerins sont des lève-tôt.
Enfin nous reprenons la route. Je vais bien ce matin, j’ai le cœur plus léger. Il y a comme ça de temps en temps des moments magiques. C’est juste le bonheur d’être sur le Chemin.

compostelle 321.jpgCe panneau indiquant « Santiago 455km » est important pour moi. Mon périple étant d’environ 1800km , je sais que j’ai accompli les trois quart du chemin. J’en suis très fière.
Claude, avec qui je partage cette joie au téléphone va me faire déchanter. Les 455 km restant à parcourir me semblent « pas grand chose » comparé à ce que j’ai déjà accompli. Mon fils dans sa logique me dit que ça représente tout de même la distance Loctudy- Chartres.
Eh Oui !!! Mon moral en prend un bon coup…

compostelle 322.jpg386960[1].jpg

Un pigeonnier et un peu plus loin...Entrée de Sahagun

Il est tout juste 13h quand nous arrivons à Sahagun. Une pèlerine est assise dans un bar, elle nous fait signe de la rejoindre. Nous l’avons déjà rencontrée. Je crois qu’elle est croate. Elle nous fait comprendre que son « bocadillo », son sandwich est très bon. Ce sera la même chose pour nous accompagné d’un « Fanta de Limon » .
Nous continuons ensuite la traversée de la ville. Nous sommes entrées dans la Province de Leon.

compostelle 327.jpgcompostelle 326.jpg

compostelle 334.jpgPrès de l'église San Tirso, l’arc de triomphe orné de sculpture, est l’ancienne porte monumentale (1662) du couvent de San Facundo.










140 Calzada del Coto 1[1]. Frio.JPGNous voici arrivées à
Calzada del Coto, bourgade de moins de 300 habitants.
La mini auberge,
Albergue de San Roque, est là à l’entrée du village, bien petite et bien seule au milieu d’un terre-plein.
On ne peut pas dire que l’on s’y bouscule. Toute seule, je ne crois pas que je m’y serai arrêtée.
Personne d’autre que nous dans cette chambre. Les matelas sont pas très propre.
La deuxième pièce est occupée par un monsieur qui tousse beaucoup. Il n’est pas très jeune et il à l’air plutôt mal en point. Nous l’avons déjà vu et surtout entendu tousser à Fromista. Il occupait la chambre voisine de la nôtre.
Le seul restaurant est fermé. Dans la petite épicerie, seule alimentation du village nous trouvons du pain, du pâté, des tomates des yaourts et des cerises. Il y a là de quoi se restaurer largement.
La responsable du gîte nous offre une thermos de café et du jus d’orange que nous partagerons avec notre voisin qui est allemand.



Mercredi 18 juin – 63ème étape : Reliegos- Leon (25km)
Total : 1275km de parcourus


compostelle 340.jpgJe ne garde pas un grand souvenir de Reliegos si ce n’est cet espèce de marathon à travers la meseta sur un chemin plat et sans ombre. Ce sentier est bordé de temps en temps de maigres arbustes et tous les deux kilomètres on trouve une aire de repos avec un mobilier en ciment et une fontaine.

Ce petit personnage représente assez bien mon impression de ce matin. J'ai pris peu de notes ces jours ci. Mes souvenirs sont plutôt vagues. C'est curieux , certaines périodes comme ça sont très floues. Pas d'anecdotes intéressantes probablement, rien qu'il semble nécessaire de retenir.
C'est peut-être aussi la fatigue et une certaine lassitude face à ces journées qui se ressemblent (mêmes paysages, marcher, arriver au gîte, douche, lessive, repas pèlerin etc.... Chaque jour le même rituel.)








compostelle 343.jpgEnsuite à 7 km de Reliegos voici Mansilla de las Mulas avec son couple de pèlerins se reposant au pied de la croix.

Le chemin longe ensuite la nationale jusqu’à Leon 18km plus loin.
A l’approche de la ville notre piste taille sa route entre les bâtiments industriels et les rocades.

La banlieue s’étire sur au moins 5 km. A la sortie de la zone industrielle nous devons traverser une dangereuse route à grande circulation (une Nationale à 2x2 voies). Il faut ensuite emprunter une passerelle en bois au dessus d’une voie express.
Encore un autre pont et nous pénétrons enfin dans Leon. Nous suivons le balisage mais à un endroit il y a deux possibilités. Nous en suivons une et nous finissons par nous perdre.
Il faut se renseigner plusieurs fois pour enfin atteindre l'albergue des soeurs Bénédictines au monastère Santa María de Carvajal.

compostelle 344.jpgL’accueil n’est pas des plus chaleureux. On s’installe dans le dortoir des femmes, hommes et femmes ayant des dortoirs séparés. Il y a beaucoup de monde. Une religieuse plutôt sévère nous indique qu’ une bénédiction aura lieu à 21h30.
Encore sous le coup de l’émotion ressentie à la cérémonie organisée chez les Sœurs de Carrion de los Condes j’aimerai renouveler l’expérience. Malgré la fatigue j’ai l’intention de me rendre à l’office.
Dans la cour de l’auberge, nous retrouvons Francis. Il nous indique le magasin le plus proche pour faire nos provisions pour demain.
Nos emplettes terminées, nous nous transformons en touristes et nous partons à la découverte de la ville


compostelle 349.jpg


Devant la magnifique cathédrale nous retrouvons à nouveau Francis et les trois parisiens.
Pierre et Jean Pierre nos amis belges sont là également. Pierre n'est pas sur la photo
Et puis les québécois Jacques et son fils Daniel se joignent au groupe pour la photo face à la cathédrale.

Nous sommes sur le point de nous coucher, quand la "bonne soeur" se pointe en frappant dans ses mains pour nous rappeler qu'il faut se rendre à l'office. J'ai la curieuse impression de me trouver dans un pensionnat catholique au bel âge de l'adolescence.
Noëlla est couchée, installée pour la nuit et ne veut pas bouger.
Maryline et moi, décidons d'y aller. Nous suivons le mouvement et l'on se retrouve dans la rue en direction de la chapelle. Nous entrons dans une petite salle. On nous distribue un petit carnet de prières et nous sommes là debout, fatiguée, exténuée à écouter des sermons qui nous laissent finalement complètement indifférentes. Que faisons nous là ???
La religieuse nous invite à présent à entrer dans la chapelle pour la bénédiction. Je regarde Maryline et hop! Nous nous éclipsons discrètement pour rejoindre notre lit.
Mais la porte du gîte est fermée à clé. Impossible d'entrer.... Nous sommes prisonnières de la sévère bonne soeur.
Retour vers la chapelle. Nous croisons Pierre , lui expliquons la situation et c'est contraints et forcés que nous retournons subir la prière du soir.
Noëlla à qui nous raconterons tout ça demain, dort comme un bébé quand nous rejoignons enfin notre dortoir.


Etape précédente : De Fromista à Carrion de los Condes